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Discours du Gouverneur au sommet sur la finance ce 19 avril 2016



Mesdames / Messieurs

Je me réjouis de l’opportunité que j’ai, aujourd’hui, dans le cadre de ce forum qui se distingue par les riches réflexions sur les grands enjeux marquant nos réalités économiques et financières à m’associer à cette initiative combien louable et utile. Je me sens d’autant plus honoré que j’ai la mission de délivrer l’adresse inaugurale dans l’une des sessions les plus prisées de ces assises.

2011-2016, nous voici à la sixième édition du Sommet de la Finance. Cet évènement se confirme donc résolument comme le forum où praticiens et académiciens d’horizons divers se rencontrent pour faire l’état des lieux et dégager des perspectives dans les domaines de l’économie, de la finance et des politiques publiques en générale.

Je voudrais tout d’abord saluer la constance du Groupe Croissance et la détermination de son PDG, M. Kesner Pharel qui a su maintenir la régularité dans l’organisation de cet évènement, malgré les adversités d’un environnement difficile et incertain. Il est important de rappeler que la première édition a eu lieu une année seulement après le choc de 2010, dans un contexte particulier marqué par les coûts énormes encourus par notre société sur le plan humain, économique et des infrastructures ainsi que les effets, à l’époque, d’une économie effondrée venant de perdre 120% de son PIB.

Aujourd’hui encore, la sixième édition, se déroule dans une conjoncture de transition politique qui entrave le fonctionnement normal des entreprises et des institutions. Des contraintes énormes où les autorités doivent, d’une part, faire un arbitrage serré entre les nombreux besoins prioritaires par rapport à des ressources de plus en plus limitées, et d’autre part, gérer les anticipations pessimistes qui trouvent leurs expressions dans la rapide augmentation du taux de change et la montée des tensions inflationnistes.

Ces anticipations pessimistes, rappelons-le, sont régulièrement alimentées par les incertitudes qui renchérissent les primes de risque dans un contexte de chocs de nature endogène, et de chocs exogènes multiples. Qu’ils soient, liés, par exemple, à la baisse du prix mondial du pétrole et de ses impacts sur les ressources disponibles pour le financement des investissements publics ou aux catastrophes climatiques qui affectent sévèrement la production agricole accroissant ainsi l’instabilité des prix relatifs.

Chers amis,

Le thème sous lequel l’évènement se déroule cette année renvoie à deux problématiques, deux déficits qui concernent deux variables clés et souvent jointes par interaction dans le processus de développement de notre économie : le déficit de financement et le déficit des infrastructures. En effet les besoins en infrastructures routières, énergétiques, agricoles et de production en général sont immenses et leur mise en place est contrainte par le manque de fonds disponibles au niveau du Gouvernement et l’insuffisance de ceux consacrés par l’industrie bancaire et de la finance à leur développement.

On n’insistera jamais assez sur le rôle premier des infrastructures dans la mise en place des conditions devant paver la voie à un sentier de croissance durable et inclusive. Pour cela, des réformes sont nécessaires à plusieurs niveaux pour adapter des ressources bancaires, généralement de court terme, au financement de ces projets de grande envergure ; diversifier les sources de financement par l’approfondissement du marché monétaire ; promouvoir la création d’un marché financier viable et d’un marché de capitaux doté d’institutions préposées au partage de risques encourus dans les investissements de long terme.

La loi bancaire de 2012 fournit déjà le cadre légal de référence pour le fonctionnement des sociétés de financement sous supervision de la Banque Centrale et nous travaillons actuellement sur l’établissement d’une structure au sein de la BRH devant s’occuper de la création et de la supervision d’un marché de capitaux. Nous nous réjouissons que les assisses de cette sixième édition du Sommet de la Finance soit le lieu idéal pour alimenter les réflexions devant supporter les actions propres à faire avancer cet agenda.

Mesdames/Messieurs,

La BRH se félicite du support fidèle qu’elle apporte, depuis le début, à l’organisation des différentes éditions du Sommet de la Finance. Elle se félicite aussi de la participation active qu’elle investit dans les discussions soutenues et plein d’intérêt qui animent les sessions parce qu’elle est consciente que les informations, la valeur ajoutée et l’éclairage qu’apportent les réflexions sur les choix économiques et l’orientation des politiques publiques sont utiles pour les policymakers, les investisseurs et les agents économiques en général.

Nous sommes convaincus que pour former des anticipations cohérentes et rationnelles, un agent économique a besoin d'être informé et formé. L’ensemble des informations dont il dispose doit s'enrichir aussi bien des données que véhiculent les marchés que toutes réflexions sur les questions de Politiques publiques et de Politique Monétaire en particulier qui affectent son mode d'allocation de ressources.

A ce titre, l'intérêt de la BRH dans le Sommet de la Finance participe de la volonté de l’institution de réduire l'asymétrie d'informations par une communication plus intense, nécessaire à un meilleur mécanisme de transmission et une meilleure efficacité de la politique monétaire.

Le fait par différentes entités publiques et privées de s'engager dans cet exercice, consistant à discuter des questions économiques et financières et à en dégager des perspectives, est on ne peut plus utile pour jeter la base qui permettra à l'efficience informationnelle des marchés de progresser sur une courbe ascendante. Le Sommet de la Finance crée ainsi un espace de dialogue inter institutionnel et reflète ce que devrait être une obligation de transparence des agendas des politiques publiques aux agents et institutions concernés par leur mise en œuvre.

Dans ce sens la BRH continuera de soutenir toutes initiatives concourant à une plus grande dissémination d'informations dans le but de diminuer la fracture informationnelle qui empêche les marchés d'exprimer la vérité des prix.

C'est le vœu du Conseil d'Administration de la BRH que j'ai l'honneur de présider et qui travaille par ailleurs sur un ensemble de projets dont certains tranchent quelque fois avec l'orthodoxie traditionnelle des banques centrales. Ces projets trouvent leur justification dans le contexte d'une petite économie à faible revenu dans laquelle nous nous faisons le devoir d’apporter un support institutionnel aux acteurs et aux secteurs productifs, indispensable à l'accroissement de la valeur ajoutée globale.

En effet, contemplant la nécessité de dynamiser la production locale dont notamment la production agricole, notre approche, tout en n’imposant aucune contrainte sur la distribution sectorielle actuelle du crédit, vise la mise en place des incitations pour le crédit à des secteurs stratégiques et à forte valeur ajoutée.

En outre, nous mettons l’accent sur les moyens d’arriver progressivement à une réduction du déficit du compte courant de la balance des paiements par la création des conditions favorables aux entreprises d’exportations.

Nous pensons qu’il est également opportun de supporter le secteur privé de production par le renforcement des appuis techniques, pour ce qui concerne particulièrement la formation vocationnelle. C’est là un socle solide pour la création d’emplois et pour la croissance économique en ayant à l’esprit le rôle du capital humain dans les modèles de croissance endogène et ensuite les obligations liées à notre mission établie par la loi de prendre toutes initiatives pour promouvoir la croissance économique.

En général, un environnement sociopolitique stable et la résolution des déséquilibres économiques sont nécessaires à la stabilité macro-économique et à la stabilité durable du taux de change. Dans le contexte actuel où ces deux conditions se présentent comme des défis à relever, la BRH, tout en continuant à maintenir l’utilisation de ses instruments traditionnels de politique monétaire, travaille sur les moyens d'ajouter à sa posture des mesures allant dans le sens de l’attractivité de la gourde en vue d’encourager l’épargne en monnaie locale et diminuer le taux d'impatience des agents dans leur approvisionnement en dollars.

Nous travaillons aussi sur la mise en place de mécanismes permanents de vulgarisation des informations économiques et financières comme un élément central de notre volonté de contribuer à l'effectivité et à l'implémentation de la stratégie nationale d'inclusion financière.

C’est là, Mesdames Messieurs, un ensemble de projets non exhaustifs, soit en cours d’implémentation, soit à l’étude, sur lesquels je travaille avec mes collègues du Conseil d’Administration et mon équipe à la BRH, et dont on pourra, au moment opportun, faire un bilan d’avancement et de réalisation.

Enfin, je félicite encore une fois M. Pharel pour avoir créé cet espace de dialogue nécessaire entre les acteurs économiques. Je félicite également les lauréats des différentes éditions du Sommet qui ont marqué le monde de la finance en Haïti en saluant la mémoire de Guito Toussaint, Henri Bazin et Lhermite François qui sont partis trop tôt.

Je vous remercie de votre attention

Merci