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Discours du Gouverneur Jean Baden Dubois à la cérémonie d'ouverture des travaux des 2èmes Assises de la coopération franco-haïtienne décentralisée
Mardi 5 et mercredi 6 décembre 2017



Mesdames et Messieurs les membres des trois Pouvoirs ;
Monsieur le Maire de Port-au-Prince ;
Chers Collègues du Conseil d’Administration de la BRH ;
Monsieur le Président de la Fédération Nationale des Maires d’Haiti ;
Madame l’Ambassadeur de France en Haïti ;
Monsieur le Président du Groupe-pays Haïti ;
Mesdames et Messieurs les Représentants des institutions et organisations partenaires ;
Mesdames et Messieurs, les Représentants de la presse ;
Mesdames et Messieurs les participants ;
Honorables invités ;
Mesdames et Messieurs


J’éprouve un immense plaisir à vous souhaiter la bienvenue à cette cérémonie d’ouverture des travaux des 2èmes Assises de la Coopération Franco-Haïtienne décentralisée.

Et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que la Banque de la République d’Haïti (BRH) s’associe à cette initiative en tant que partenaire et hôte de cet événement qui bénéficie du soutien du Président de la République qui a tenu à rehausser de sa présence les assises de ce matin.

Nous accueillons avec autant de chaleur les éminentes personnalités étrangères qui, une fois de plus, nous ont témoigné leur amitié en venant participer à ces échanges, ici, au Centre de Convention de la BRH.

Je voudrais remercier particulièrement l’Ambassadeur de France, Madame Elisabeth Beton Delegue, d’avoir bien voulu seconder l’intérêt que nos élus locaux attachent aux accords de coopération auxquels donneront lieu ces Assises.

J’unis dans le même témoignage de remerciement la Fédération des Maires d’Haiti (FENAMH), le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) ainsi que les cadres haïtiens qui vont se prêter à cet exercice d’échanges d’expertise et de connaissances lors des séances thématiques et des ateliers prévus..

Honorables Invités ;

Mesdames et Messieurs ;

L’organisation de ces Assises dans cette enceinte est pour nous un motif de fierté dans la mesure où le tremblement de terre avait laissé un champ de ruines au centre-ville. Non loin du siège central de la Mairie de PAP, ce bâtiment et sa particularité architecturale sont devenus aujourd’hui le signe d’un engament ferme dans la revitalisation du centre commercial et administratif de la capitale et dans tout le processus de reconstruction du pays auquel toutes les municipalités ont leur rôle á jouer.

La tenue de ces travaux est, certes, un moment privilégié de cordialité bienveillante et de rencontres inédites, mais elle constitue aussi, à mes yeux, la réaffirmation de la volonté de nos collectivités de renforcer le réseau d’entraide sur des questions d’intérêt majeur pour nos deux pays et pour l’environnement.

Il s’agit de questions qui touchent à l’essentiel, au futur de notre planète, et qui figurent au premier rang des préoccupations de tout gouvernement responsable, qu’il soit local ou national : le changement climatique et la prévention des risques naturels, l’aménagement du territoire, le patrimoine touristique et culturel, l’éducation et la formation professionnelle, la mutualisation des moyens et des ressources, la gestion de l’eau et de l’assainissement, la société civile et la démocratie, la gestion des déchets, l’agriculture, l’agro-écologie et le développement rural, la fiscalité locale et l’autonomie des territoires, la coopération transfrontalière, les enjeux et la spécificité de la coopération régionale caribéenne.

Tous ces thèmes sont importants. Cependant, je voudrais faire quelques observations sur un point qui ne semble pas être au menu de ces Assises et qui mériterait d’être débattu. Il s’agit de la migration interne, c’est-à-dire les mouvements de population à l’intérieur du pays. Il me semble que les maires des grandes villes devraient considérer que la part importante qu’ils détiennent dans le budget national est un attrait de plus vers les grandes agglomérations avec tous les risques que cela représente.

J’encourage donc le gouvernement central et la FENAMH à aider les villes (attenantes) proches les moins pourvues à se doter de moyens adéquats dans le cadre d’une péréquation juste et équitable. Le développement doit être d’abord rural si l’on veut éviter les concentrations de populations de plus en plus vulnérables dans les zones urbaines.

Deux des thèmes cités plus haut sont au cœur de la problématique haïtienne: la prévention des risques naturels, l’éducation et la formation professionnelle. Sur le premier thème, la marge de manœuvre de la BRH est limitée, sur le plan légal, au regard de ses missions statutaires. Néanmoins, le support au secteur privé à travers, entre autres, l’accès de la jeunesse haïtienne à l’éducation et à une formation professionnelle et académique de qualité et de haut niveau est l’un des domaines privilégiés d’intervention du Conseil d’Administration que j’ai l’honneur de présider.

À cet égard, la BRH se félicite d’avoir accueilli le 24 août 2017 au Centre de Convention une délégation d’étudiants sélectionnés dans le cadre du programme Bourses BRH de l’amitié France-Haïti, initié par le Parlement haïtien et soutenu par la BRH et la France. A cette occasion, j’ai réitéré l’engagement de la BRH de continuer à investir dans le capital humain en vue de doter le pays de cadres plus qualifiés, au bénéfice d’une meilleure compétitivité et d’une croissance soutenue. Car, notre institution fait partie de celles qui croient que Haïti a besoin de voir émerger de jeunes leaders capables de porter des projets innovants et de montrer la voie vers la prospérité économique et le développement durable.

En d’autres termes, si elle se développe et s’amplifie, la coopération franco-haïtienne décentralisée peut devenir un levier important de l’action que mène la BRH en matière de renforcement des capacités et de développement du capital humain dans son approche de politique monétaire pro-croissance

Honorables Invités ;

Mesdames et Messieurs ;

Ces assises s’offrent donc comme une occasion de plus pour notre institution de prendre la mesure de son apport dans l’amélioration du capital humain dans un contexte où de nombreuses familles haïtiennes consentent d’immenses sacrifices pour financer les études et les frais d’installation de leurs enfants à l’étranger.

En effet, Haïti a transféré durant l’exercice 2016-2017 plus de 250 millions de dollars américains au reste du monde. Ces transferts incluent, pour une bonne part, le financement des études supérieures et techniques. Ce montant peut paraître insignifiant pour un pays comme la France, mais il représente 12.5% du budget national et plus de 8 fois l’investissement réalisé pour la mise en place de l’Université de Limonade dans le Nord.

Autrement dit, si nous pouvions ajouter 3 points de plus à la pression fiscale actuelle pour la porter à 15% du PIB estimé à 8 milliards de dollars, il serait possible d’avoir au moins un grand centre universitaire dans le chef-lieu d’arrondissement de chaque département du pays. Compte tenu des externalités positives associées à l’éducation, cela nous permettrait de produire une masse critique de juristes, de médecins, d’ingénieurs, d’agronomes, d’économistes et de financiers dont la FENAMH a tant besoin pour ses projets de développement local.

Cet effort fiscal est particulièrement nécessaire pour les collectivités locales compte tenu du faible taux de recouvrement observé dans les 146 communes du pays. En effet, l’administration fiscale y est peu performante, et, dans certaines communes, on a observé des variations importantes au niveau des recettes avec l’arrivée de nouveaux dirigeants locaux. Cela veut dire qu’il est absolument important de redresser la situation des finances locales pour permettre aux maires d’investir dans des activités économiques rentables qui vont à leur tour contribuer à l’élargissement de l’assiette de l’impôt local.

De même, comme indiqué plus haut, un effort de péréquation est indispensable pour tenir compte des différences entre le potentiel fiscal des communes riches et celui des communes pauvres afin de favoriser une dynamique d’ensemble dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets de développement et créer ainsi des conditions pour l’inclusion financière des couches vulnérables de la population.

En d’autres termes, le redressement budgétaire et l’équité fiscale sont des biens publics et représentent les seules solutions envisageables si l’on veut protéger les populations et éviter des cas observés ailleurs, où l’État a connu des faillites suite à l’accumulation des déficits budgétaires dans les collectivités locales qui viennent s’ajouter au déficit du gouvernement central.

Ces éléments nous donnent aussi une idée des efforts que nous devons réaliser pour financer le savoir dans le cadre d’une coopération intelligente et axée sur les résultats. Je ne doute pas que nous puissions y arriver, car comme le disait si bien Léopold Sedar Senghor : « dans le rendez-vous du donner et du recevoir, nous ne viendrons pas les mains vides ».

Au regard de ces considérations, Il est tout à fait possible d’envisager la coopération décentralisée comme un puissant outil de développement intégrant non seulement les dons et prêts en appui au budget, mais aussi des choix budgétaires cohérents, des partenariats de type public-privé et la levée de fonds d’investissement à travers des bons municipaux pour les projets d’envergure.

Cela me donne l’occasion de revenir sur les programmes pro-croissance de la BRH qui offrent des opportunités nouvelles aux maires capables d’améliorer la gouvernance dans leur région. Car, en matière de financement, les partenaires potentiels cherchent des « success stories » que la technologie peut relayer à travers les médias sociaux et les Assises comme celles qui nous réunissent dans cet édifice ce matin et toutes les autres qui auront lieu après.

Vous avez donc, Mesdames/Messieurs les maires d’Haïti, des éléments probants de la feuille de route qui devrait vous permettre, au terme de ces Assises, d’assurer dans les meilleures conditions possibles, le suivi et la mise en œuvre des résolutions qui auront été prises.

C’est sur ces mots d’engagement que je termine mon propos en vous souhaitant deux bonnes et fructueuses journées de travail.

Jean Baden Dubois

Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti