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Discours du Gouverneur Jean Baden Dubois au cocktail d'ouverture de l'édition 2018 du sommet sur la finance (10 avril 2018)



Mesdames, Messieurs,


Voici revenu le temps des semences prometteuses. Cette année encore, à travers le foisonnement d’idées les unes plus égales que les autres mais jamais à court d’inspiration et de novation. Cette année, pour conduire la réflexion, au propre comme au figuré, en donnant à la semence des idées les propriétés qui feront germer les semis en récoltes fructueuses pour le secteur agricole.

Et ça tombe bien ! Le mois d’avril est celui de notre sommet de la finance mais c’est aussi la saison des espaces ensemencés. Un sommet de la finance pour alimenter la réflexion autour du financement de l’agri business en Haïti… Cette démarche s’inscrit dans un contexte thématique plus large. Il y associe la réflexion sur les perspectives à dégager autour du Bitcoin mais surtout de la technologie blockchain. C’est donc un signe patent que la porte à l’ innovation reste grande ouverte.

Mesdames, Messieurs,

Vous comprenez donc l’immense intérêt que je veux partager avec vous autour de ce sommet qui, comme chacun des précédents, porte le sceau d’une certaine particularité. La particularité, dans ce cas, c’est qu’il porte sur ce qu’il y a de fondamental dans la chaine des activités humaines de production: le secteur primaire. Vous me permettez de ne pas faire l’économie de rappeler qu’en Haïti ce secteur tourne pour l’essentiel autour de la branche agriculture. Il y a de ces évidences que l’on se plait souvent à évoquer mais que le cerveau semble cacher à notre champ visuel ou rayer de notre champ d’action. Ce n’est pas une redondance coupable si je renchéris pour dire qu’Haïti est un pays agricole. Cependant, force est de constater que cette leçon transmise à plus de deux siècles de générations de femmes et d’hommes est restée plutôt stérile. Comme un slogan sans substance qui n’aurait servi qu’à donner bonne conscience à notre conscience nationale.

C’est sur cette toile de fonds que je veux souhaiter la bienvenue à ce réservoir d’idées que vous représentez et à cette énergie renouvelée que vos actions sont capables d’entretenir. J’adresse une salutation spéciale aux autorités de l’Etat qui rehaussent par leur présence la cérémonie d’aujourd’hui. C’est une manifestation d’intérêt qui nous encourage à croire que les considérations et les propositions qui sortiront des échanges prendront progressivement corps dans les agendas de politique publique.

C’est cette perspective qui justifie d’ailleurs la chaleureuse bienvenue que nous adressons à la communauté des acteurs impliqués dans les chaines d’activités liées au secteur agricole. Je veux parler des investisseurs de l’agri business et de l’agro-industrie ; des exploitants agricoles et des professionnels de tous bords intéressés à cette problématique. J’étends ces salutations avec la même emphase aux professionnels des média qui donneront cet incontournable effet de levier dans la diffusion des idées qui seront produites. Au reste de l’auditoire, acteurs présents avec nous ou qui prendront connaissance des réflexions à travers les créneaux médiatiques, je dis à vos marques car ces idées ne serviront à rien si vous ne savez pas les traduire en actions entrepreneuriales.

Permettez-moi finalement de placer des remerciements mérités à l’endroit des organisateurs. Cette année encore, le groupe croissance et le Comité de la BRH ont sorti le grand jeu. La richesse des échanges qui ont conduit au choix des thèmes et qui ont abouti à la mise en place des activités du Sommet témoigne de ce savoir-faire qui ne s’est jamais démenti et qui prend désormais allure de passion. Je voudrais que le PDG Kesner Pharel trouve ici et transmette au Groupe Croissance, l’expression de la satisfaction manifeste du Conseil d’Administration de la BRH de ce partenariat fructueux dont les résultats sont à la mesure des promesses. Je voudrais également remercier les cadres de la BRH impliqués à un niveau ou à un autre dans les activités d’organisation de ce Sommet de la Finance pour la diligence et la compétence qu’ils y mettent. Le pari, partagé avec vos paires du Groupe Croissance, de faire cohabiter le financement de l’agri business avec les perspectives de la technologie du blockchain est celui de l’intelligence et de la foi dans l’avenir.

Mesdames, Messieurs,

La question du financement de l’économie haïtienne a toujours été au coeur de la problématique des politiques publiques. Et la question corollaire de la mobilisation des ressources préposées à cet effet trouve une origine lointaine dans le premier arbitrage majeur qu’a dû opérer les politiques entre honorer la dette de l’indépendance et financer le développement des infrastructures économiques et sociales d’une nation fraichement issue d’une guerre émancipatrice mais dévastatrice. Ce qui crédibilise l’idée que le développement du pays est grevé d’un passif initial très lourd.

Les politiques inspirées des différents paradigmes qui ont traversé l’ordre économique international durant la période qui a précédé les accords de Bretton Woods comme celle qui les ont suivis n’ont pas conduit à une transformation durable des structures économiques en Haïti. Aujourd’hui encore, et davantage que dans le passé, on est réduit à constater un passif économique lourd dans l’ensemble du panorama socioéconomique haïtien. L’écart tendanciel entre un profil démographique exponentiel et un profil économique stagnant sur les dernières décennies exprime globalement ce constat. Mais l’illustration la plus frappante est sectorielle. Elle renvoie à la situation de la branche agriculture et à celle des filières qui y sont liées.

Il s’agit d’un secteur auquel on crédite encore près de la moitié de la population occupée mais qui a vu sa part dans la production globale du pays passée de plus de 40 % à environ 25 % sur les dernières années. Je ne ferai pas l’affront aux experts qui vont vous parler avec autorité de la problématique du secteur de vous rapporter davantage de statistiques qui tiennent désormais de lieu commun. Mais je pointerai du doigt, avec les précautions qui s’imposent, la faiblesse de productivité que cette baisse de valeur ajoutée infère en présence d’un taux aussi élevé d’occupation. J’irai un peu plus loin plus en suggérant une confrontation plus serrée de cette baisse avec l’hypothèse d’une croissance non négative de la population rurale à travers les deux considérations qui suivent :

     Si la croissance démographique compense l’effet réducteur de la mobilité du facteur travail et des phénomènes migratoires sur le niveau de la population rural, le nombre de personnes occupées dans le secteur agricole serait au moins égal au niveau qu’il était 25 ans auparavant.

     Comme de plus, la baisse de la part de la valeur ajoutée du secteur agricole s’est réalisée dans un contexte de stagnation de la valeur ajoutée globale donc du Produit Intérieur Brut (PIB) cela suppose un repli absolu de la production agricole sur cette période.

L’analyse jointe de ces deux dynamiques devrait donc renforcer les préoccupations quant à la faiblesse des productivités dans les filières de la production si l’on veut assurer le financement de l’agri business dans des conditions de rentabilité qui l’affranchisse des pièges de la subvention durable.

C’est dans cet état d’esprit que la BRH aborde la question du financement de l’Agri Business en Haïti. La productivité comme leitmotiv permet d’envisager le développement du secteur agricole et des filières apparentées sous un angle qui mette en relief le besoin d’éviter les erreurs institutionnelles du passé et les coûts qui y sont liés, de réduire les risques d’intermédiation pour les institutions de financement et de rendre l’environnement du domaine agricole plus perméable aux facteurs d’efficience que sont les innovations technologiques. Finalement, elle permet d’aménager plus facilement les nécessaires voies de sortie là où il s’avère souhaitable pour l’autorité monétaire (les autorités publiques) de faire des incursions sectorielles dans les sphères du secteur réel.

Ce dernier aspect revêt une importance capitale pour (L’autorité monétaire) le banquier central contraint à un arbitrage continuel entre sa mission de stabilité et le partage des responsabilités de croissance et d’emplois. Le tout avec des outils en nombre limité par les frontières même de l’orthodoxie financière qui en assurent d’ailleurs la force et la crédibilité. Dans une économie de marchés oligopolistiques, de déséquilibres internes et externes structurels comme celle d’Haïti, l’adoption d’un sentier de productivité sur un horizon raisonnable peut tempérer les critiques de l’interventionniste sur les postures de prudence et raisonner l’impatience de l’orthodoxe face à certaines latitudes.

L’expérience des politiques non conventionnelles conduites après la crise de 2008 dans les grandes économies de marché comme dans les économies de moindre échelle ont renforcé notre conviction que les frontières de l’orthodoxie n’étaient pas immuables. Le renversement de cette posture quelques années plus tard suggère l’idée que la flexibilité même de ces frontières en tant que facteur de conditionnement de la politique monétaire est elle-même objet d’arbitrage. Voici pourquoi les nécessaires efforts de maintien de la stabilité macroéconomique en présence des déficits jumeaux importants de l’économie haïtienne n’excluent pas l’aménagement de canaux de soutien à la croissance tant que les critères de rentabilité et d’efficacité déterminent les secteurs des interventions et leur horizon temporel. Voici donc les considérations liminaires qui militent en faveur d’une Agenda Monétaire Pro-Croissance.

Aujourd’hui, les problèmes inhérents au secteur agricole et aux filières qui y sont liées appellent à des réflexions profondes si l’on veut que ce large domaine d’activités profite des facilités que permettent les dispositions de notre agenda dans des conditions qui sied les nouvelles donnes d’efficacité de la politique monétaire. Le sommet de la finance de 2018 offre ce cadre de réflexion. La cohabitation du thème de financement de l’agri business et de celui de la technologie du blockchain ouvre la voie à un regard prospectif sur la recherche de synergie dans l’articulation des chaines de valeurs créées à travers les activités primaires secondaire et tertiaire qui tournent autour des filières agricoles. Cette cohabitation devrait permettre aussi de produire des réflexions sur les leviers nécessaires au relèvement de la productivité dans le secteur.

Je vous souhaite une bonne participation et de fructueux échanges.

Mesdames, Messieurs,

Le financement de l’agri business et la mise à profit des facilités technologiques du blockchain s’insèrent aisément dans le canevas des actions de la BRH bâti autour des trois axes d’interventions qui permettent de donner corps à sa stratégie de croissance:

Le développement des marchés financiers pour favoriser la création d’outils financiers capables de mobiliser l’épargne et d’accroitre les options de financement de l‘économie. Il s’alignera sur la stratégie nationale d’inclusion financière;

L’inclusion financière pour élargir l’accès et la disponibilité des produits et services financiers définis comme des leviers dans le développement de l’activité économique.

L’agenda pro-croissance pour promouvoir le cadre incitatif destiné à orienter les investissements vers les secteurs à forte valeur ajoutée.

L’articulation de ces axes est vue comme un système générateur qui s’accommode des particularités sectorielles et des environnements technologiques qui supportent leur développement. Et dans chaque cas, il se profile les contours d’un cercle vertueux à la faveur des synergies que se transmettent les composantes de ce système élargi. L’idée d’un équilibre propre à une dynamique d’écosystème sied bien notre propos. Dans le cas qui nous concerne ici, l’agri business supporté par les facilités technologiques du blockchain verrait croitre en quantité et en qualité les signaux incitateurs transmis vers des ressources financières en quête d’investissements générateurs de valeurs productives donc de croissance. Le tout selon des schémas d’interrelation à l’intérieur des composantes et entre les composantes du système.

Voici, avec un brin de sophistication que je suis loin de rechercher, la démarche autour de laquelle la BRH espère voir tourner les réflexions qui vont foisonner lors de ces assises. Ces dernières représentent une opportunité de plus pour la Banque Centrale d’influencer les actions qui permettent de libérer la politique monétaire des conditions adverses qui l’assaillent. Ces conditions, comme vous le savez, sont de nature institutionnelle et structurelle et elles tiennent des actions tant du secteur privé que du secteur public. Leur prévalence contraint la Banque Centrale à se retrancher dans une attitude défensive qui apparente la stabilisation à une posture à priori. Or la stabilité recherchée est la résultante d’un équilibre vertueux qui concoure à créer de la richesse que seuls les flux de croissance savent alimenter de façon durable et auto-entretue.

Voici pourquoi notre posture de stabilité est loin d’être celle qui restreint la circulation des flux d’activité. D’où le besoin d’affirmer notre crédo dans une croissance saine et renouvelée. Voici aussi pourquoi notre agenda pro croissance est loin d’être une invitation à l’activisme monétaire. D’où le besoin d’inscrire dans les faits la promotion d’un environnement macro financier stable. L’équilibre, dans un tel contexte structurel, est au fil du rasoir. Notre démarche est donc d’éviter à l’autorité monétaire la torpeur du funambule accroché à sa perche, en transformant cet équilibre en sentier praticable où les politiques publiques sont à leur aise. Un élément clé à l’aboutissement de cet effort est l’adoption d’une attitude prospective à laquelle les innovations technologiques peuvent donner fruit. C’est dans cette optique que l’analyse des créneaux d’insertion de l’agri business dans le canevas d’interventions de la BRH et celle du rôle catalyseur de la technologie blockchain dans ce processus constituent un domaine d’intérêt pour la réflexion et l’action.

Mesdames, Messieurs,

La contrainte de ressources a toujours été perçue comme prédominante dans la mise en oeuvre des politiques de développement en Haïti. Cette assertion n’est cependant pas exclusive du problème d’adéquation des politiques publiques et de celui plus large d’une démarche holistique qui sait pondérer et inter relier les dimensions multiples de la problématique du développement. C’est pour cela d’ailleurs que l’aide économique au développement, malgré son utilité, est limitée dans sa portée parce qu’elle ne sait pas créer un processus intergénérationnel de création de richesse. On comprend alors pourquoi l’effort d’approfondir et d’élargir l’existant en matière de système financier constitue les bases d’un objectif plus large de développement des marchés financiers qui soit concomitant de celui des secteurs porteurs de l’économie.

La mise en branle du Système National d’Inclusion Financière est là pour donner son poids socioéconomique à cette démarche. Et c’est ce large dispositif de nature financière qui devrait bénéficier au financement de l’agri business tout en profitant. Car il s’agit de donner à l’Etat stratège les moyens de promouvoir l’ensemble du système économique selon une démarche qui joint l’ensemble de ses composantes multiples. Je vois donc avec bonheur un processus de diversification de produits financiers qui permettent :

De financer les besoins de trésorerie des différents chainons d’activités de l’agri business

De financer la capitalisation d’entreprises agricoles et agroindustrielles à travers des prises de capital et de titrisation de dettes de long terme

D’introduire des titres publics destinés au financement des infrastructures du secteur agricole.

Dans le même temps, la valeur ajoutée générée dans l’agri business devra renforcer les revenus distribués dans les filières agricoles et agroindustrielles à travers une meilleure rémunération des facteurs employés. La transmission de la valeur gérée ne s’arrête pas là. Elle devrait alimenter la demande de produits financiers et susciter l’innovation dans des marchés financiers plus approfondis grâce notamment :

A la création d’un marché secondaire des titres financiers publics et privés

Au développement de la réassurance pour les entreprises du secteur

A une meilleure évaluation et mitigation des risques que permettra une base plus large de clientèle et de transactions entre les entreprises du secteur et le système financier.

L’environnement institutionnel qui servira de lien à ce processus d’incubation est en train progressivement d’être mis en place. Les facilités de financement que la BRH met à la disposition des filières agricole et agro-industrielles à travers l’intermédiation bancaire représentent déjà un premier acquis. De façon plus large, la BRH a entrepris une série d’initiatives qui devraient progressivement tisser de nouveaux réseaux d’interactions entre les acteurs concernés. Citons parmi les plus importantes :

L’accompagnement de programmes d’assurance agricole;

Le renforcement des caisses populaires en milieu rural;

La réalisation de tables sectorielles autour de différentes filières agricoles;

La multiplication des consultations avec les autorités budgétaires et fiscales en vue du développement d’un marché des titres publics;

La mise en place d’une législation permettant la création d’institutions financières habilitées à émettre des titres pour le compte d’entreprises privées.

Mesdames, Messieurs,

Nos réflexions ne sortiraient pas des sentiers battus si elles ne s’y associaient le facteur important qu’est la novation technologique. Le développement des instruments de financement ne pourra pas aider à renforcer les liens dans la chaîne de valeur et à augmenter la valeur ajoutée du secteur si l’amélioration de la productivité des facteurs n’est pas au rendez-vous tant dans les sphères réelle que financière de production de biens et services liés au secteur. Deux considérations liminaires retiennent mon attention. Quel est, au stade actuel de son développement, les potentialités d’exploitation de cette technologie au profit du secteur ? Comment éviter de sombrer en conjecture stérile sur les vertus du blockchain et de décrédibiliser notre démarche en nous exposant aux risques d’une technologie dont les avis sur l’utilisation qu’on en fait dans le domaine financier restent encore largement partagés ? D’entrée de jeux, je dirais que nous sommes suffisamment armés en tant que banquier central pour anticiper et gérer ces risques sans réduire notre vue prospective sur le potentiel d’exploitation de cette technologie.

Donnons-nous une compréhension suffisamment simple de cette technologie pour faciliter la réflexion sur la place qui lui est réservée dans l’écosystème évoqué précédemment. Le blockchain est un domaine virtuellement illimité de registres hautement sécurisés d’information de natures diverses avec le degré de détails qui sied les besoins de transparence d’une activité spécifique. Son utilisation peut donc être de portée immédiate en aidant à alléger nombre de contraintes de nature institutionnelle ou à creuser certains goulots d’étranglement qui grèvent la création de valeurs productives de coûts de transactions souvent prohibitifs pour l’investisseur. L’exemple qui nous vient tous à l’esprit dans le domaine de la production agricole est la facilité d’utilisation de cette technologie en matière de traçabilité et de certification de produits. Une possibilité de grand intérêt dans le cadre d’une stratégie de développement de l’agriculture bio d’exportation. Cette facilité peut doter les filières de l’élevage des mêmes effets de levier.

L’utilisation de la technologie du blockchain peut-être aussi de portée structurelle. Dans cette optique, elle est pleine de promesses pour des domaines aussi divers que l’identification de titres de propriété, élément central dans tout processus efficient de modernisation de secteur agricole, notamment par rapport au problème de financement qui le grève. Elle a les qualités d’un raccourci technologique important qui permette d’améliorer la productivité dans des champs qui couvrent un large horizon temporel d’activités. Les produits financiers qui pourraient servir au financement des filières liées à la production agricole en font largement partie. Et fort heureusement. Car dans un contexte institutionnel où l’intermédiation bancaire est prédominante sinon exclusive, le blockchain crée pour l’agri business la perspective de financement direct dans le cadre de schémas d’investissement souvent déconseillés à la banque conventionnelle astreinte à des normes prudentielles plus contraignantes. Citons les quelques schémas suivants :



La levée des fonds à travers des Initial Coin Offerings (ICO). Il s’agit de… ) d’un processus moins coûteux, plus accessible et plus rapide que la mobilisation de ressources à travers un financement bancaire ou des fonds de capital-risque;

La création de produits d’assurances et de couverture de risques à travers des contrats dont l’honnêteté est garantie par la vérification informatique en temps réel de leur processus d’exécution. Dits smart contracts , ces schémas peuvent ainsi être utilisés pour assurer l’exécution de contrats d’assurance indicielle dans le secteur agricole en particulier en raison de leur cout réduit et leur moindre vulnérabilité par rapport à la fraude.

La facilitation des transferts de fonds en réduisant notamment le coût des transactions.

La nature même du BlockChain en fait une technologie applicable dans presque tous les domaines d’activités. Et les controverses qu’elle suscite peuvent se révéler salutaire pour un développement rapide de ses potentiels dans le cadre d’une utilisation normalisée. Il est souhaitable que les institutions nationales qui ont les moyens suffisants et les compétences adéquates dans les technologies de l’information s’intéressent de plus près au blockchain. La BRH se trouve déjà en mode veille dans le domaine. Il s’agit de se doter des capacités nécessaires à l’exploitation efficiente des opportunités qu’elle offre tout en évitant les pièges liés à une utilisation déviante et les coûts indus liés à la fraude. Il s’agit, sur une base plus large, de faire profiter l’économie des vertus de cette technologie dans le cadre d’une attitude proactive et stratège et non passive comme a été le cas avec l’internet dans le milieu des années 90.

Si les effets induits par cette technologie sont à la mesure des espérances, « des pans entiers de l’économie dans des domaines aussi divers que la finance, l’informatique, la logistique ou l’agriculture sont appelés à être affectés par cette technologie avec des possibilités de création d’emplois, de nouveaux champs de métier et d’opportunité d’affaires. De ce point de vue le blockchain est un outil technologique plein de promesses pour le développement des activités économiques. A ce titre cette innovation peut jouer un rôle important dans l’agenda pro-croissance de la BRH et est susceptible de mettre un nouvel outil technologique au service de la création de richesse de manière durable et équitable. » Gardons donc les pieds sur terre en scrutant avec méthode l’horizon technologique.

Mesdames, Messieurs,

Un discours ne saurait faire le tour de la problématique de financement de l’agri business en Haïti. Un champ d’activités inter sectorielles qui tourne autour du secteur stratégiquement et socialement le plus important pour le pays : celui de l’agriculture. Je me tiendrais rigueur de ne pas développer assez certains aspects de l’idée d’écosystème que nous voulons promouvoir si je n’avais pas la certitude de leur développement dans les discussions approfondies qui vont courir sur les prochaines jours des sessions.

Certains aspects qui ont à voir avec les interrelations entre le financement de l’agro business et notre agenda monétaire pour la croissance doivent être rigoureusement analysés si l’on veut faire du schéma de financement que nous proposons une expérience pilote. L’idée d’écosystème cadre bien avec notre propos. Elle configure avec justesse l’angle de vue que nous voulons voir traverser dans l’action de développement du secteur où cette notion trouve son expression la plus entière.

Je suggèrerais bien la nécessité de deviser sur les controverses suscitées par le foisonnement d’activités qui gravitent autour du blockchain. Ce ne serait qu’un pavé dans la marre si je n’étais pas acquis à l’idée, qu’en matière précisément d’idées, le meilleur confort vient de la confrontation. Ces controverses viennent donc à point nommé dans cette phase de maturation de cette technologie. Elles en garantissent une plus forte viabilité si elle tient la route par rapport aux attentes qu’elle suscite.

Mesdames, Messieurs,

Nous voici donc partis pour la collecte des idées. Mon début de discours voyait plutôt dans ces assises un espace de semence des idées. Puissante nature qui fait de la poule l’oeuf qu’elle pond. Aussi de la semence à la collecte il y a l’espace matriciel de la maturation. Le sommet de la Finance est devenu cet espace de maturation d’idées. Et il sème à tout vent pour emprunter cette image du petit Larousse des années d’antan.

Je vous invite donc à trinquer au succès de ces assises. Car le meilleur cru se boit à la période des grandes récoltes. Que les réflexions de cette semaine nous conduisent à l’ère des récoltes fructueuses pour le secteur agricole. Je voudrais ici exprimer le voeu de chacun des multiples participants à cette 8ième édition du Sommet de la Finance. Et c’est aussi mon voeu le plus précieux.



Merci!