Intervention du Gouverneur de la
Banque de la République dHaïti (BRH), M. Fritz Jean, à loccasion
du lunch de la HAMCHAM. |
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Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi de commencer par remercier les membres du Conseil d’administration de la HAMCHAM, particulièrement Mme Gladys Coupet, pour l’invitation de ce midi. En tout premier lieu, je voudrais saisir cette opportunité pour fixer les idées de notre distinguée audience sur l’objectif fondamental poursuivi par toute banque centrale dans le contexte de la conduite de la politique monétaire. Il s’agit d’assurer le maintien de la stabilité des prix, de tous les prix auxquels doivent faire face les agents économiques, particulièrement les prix des produits inclus dans le panier de la ménagère, le loyer de l’argent (c’est-à-dire les taux d’intérêt) et la valeur de la monnaie locale en termes des devises étrangères. Il est tout aussi important de souligner le fait que la notion de stabilité des prix réfère, non pas à un niveau spécifique des prix, mais plutôt aux déviations des prix par rapport aux prix d’une période donnée. Ainsi, la poursuite de l’objectif de stabilité signifie pour la Banque centrale l’effort de garder le niveau de prix à l’intérieur d’un certain intervalle jugé confortable à l’intérieur d’une période donnée. Une autre idée fondamentale qu’il faut garder à l’esprit est que, comme cela arrive à toute institution chargée de concevoir et d’implémenter des politiques publiques, la BRH doit faire face et gérer des circonstances imprévues. Celles-ci requièrent toujours que des ajustements soient apportés aux orientations antérieurement programmées et que l’institution maintienne une balance constante entre le besoin de ne pas se laisser dépasser par l’évolution de l’environnement macroéconomique et la nécessité de mener une gestion monétaire sereine, garante de sa crédibilité. Pour mener à bien sa mission de conduite de la politique monétaire, la BRH utilise un certain nombre d’instruments dont les principaux sont, quant à présent, les réserves obligatoires, les interventions sur le marché des changes et les bons BRH. Ceci dit, dans un premier temps, l’augmentation des coefficients de réserves obligatoires et le plafonnement des taux d’intérêt ont été les principaux moyens de contrôle monétaire. Mais, face à l’inadéquation de ces moyens, les autorités ont entrepris d’assouplir la gestion de la politique monétaire en y introduisant d’autres instruments comme les interventions sur le marché des changes et, surtout, les bons BRH. LES CARACTÉRISTIQUES DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE Après plus de soixante ans d’un régime de change fixe, la politique monétaire en est venue à se concentrer sur des objectifs intermédiaires fixés en termes d’agrégats monétaires (M2 puis M3) et d’agrégats de crédit. Compte tenu du lien étroit que l’on croyait exister, en principe, à moyen terme entre l’offre de monnaie et l’évolution du niveau des prix, la BRH s’est évertuée à mener sa gestion monétaire de façon à donner à la monnaie centrale une progression permettant d’assurer que ni les prix ni le taux de change ne subissent de pressions à la hausse. Cependant, la Banque Centrale n’a pas toujours atteint ses objectifs. Pour des raisons conjoncturelles et politiques, elle n’a pas toujours été en mesure de réagir à temps à des fluctuations extrêmes du cours de change ou à de forts mouvements de l’offre ou de la demande de liquidités. C’est notamment ce qui est arrivé durant la période comprise entre 1991 et 1994, temps de crises politique et économique graves. Durant cette période, le taux d’inflation a plus que doublé; la masse monétaire au sens large (M3) ainsi que la base monétaire ont connu en moyenne annuelle des taux de croissance respectifs de 30 % et 31,9 %. Au retour à l’ordre constitutionnel, à la fin de l’année 1994, la Banque centrale s’est donnée plus de flexibilité dans la conduite de la politique monétaire. Elle accorde désormais une attention soutenue aux fluctuations du cours du change sans pour autant axer sa politique sur des objectifs rigides. Elle ne limite pas sa perspective au court terme et ne réagit pas chaque fois qu’une fluctuation se produit dans le comportement des indicateurs économiques dont elle suit l’évolution (inflation et taux de change, notamment). II. LES MOYENS D’ACTION DE LA BRH On peut distinguer deux moments dans l’utilisation des instruments de politique monétaire par la BRH : un premier dominé par l’utilisation des taux d’intérêt et des coefficients de réserves obligatoires et un deuxième marqué par l’introduction de nouveaux instruments comme les bons BRH et les interventions sur le marché des changes. II.1 Les taux d’intérêt (de 1979 à 1989) Jusqu’en 1989, la BRH déterminait la fourchette dans laquelle elle souhaitait voir évoluer les taux d’intérêt. De façon réglementaire, elle fixait les taux maximums (plafonds) et minimums (planchers) qui devaient être pratiqués sur les dépôts et sur les prêts. Les fourchettes préalablement établies étaient périodiquement ajustées pour tenir compte des coefficients de liquidités, de l’inflation et des taux d’intérêt à l’étranger. Elles étaient généralement assez larges pour ne pas créer de graves distorsions dans l’allocation du crédit. Cependant, en période de surliquidité, les taux minimums sur les dépôts d’épargne et les dépôts à terme devenaient pratiquement inopérants parce que les banques commerciales refusaient souvent de tels dépôts. Les taux plafonds ont été éliminés en 1989, et l’application des taux planchers a été abrogée le 21 février 1992. II.2 Les réserves obligatoires (de 1979 à 1996) Entre 1979 et 1996, les autorités monétaires ont imposé des coefficients de réserves très lourds sur les passifs des banques commerciales afin de contrôler l’offre monétaire. Sur les dépôts à vue, ces coefficients sont passés de 32 % en 1979 à 73,5 % en 1993. Il s’agissait pour la Banque centrale de neutraliser l’impact négatif qu’exerçait sur ses réserves de change le surplus de liquidité résultant du financement des déficits accumulés par le secteur public. Cependant, une telle politique pénalisait sévèrement les institutions bancaires en imposant tacitement une lourde taxe sur l’intermédiation financière. Le 16 mai 1995, les autorités monétaires uniformisaient les taux de réserves obligatoires à 48 %. En mars 1997, dans le but de favoriser une meilleure répartition du poids des réserves obligatoires entre le passif gourde et le passif dollar, la BRH enjoignait les banques commerciales de constituer, en gourdes et/ou en dollars, des réserves sur le passif en devises. II.3 Les bons BRH (1996 à nos jours) À partir du mois de novembre 1996, la Banque centrale a introduit les bons BRH comme nouvel instrument de reprise de la liquidité à court terme du système bancaire. Cette mesure visait un double objectif. D’une part, il s’agissait de substituer progressivement les bons BRH aux réserves obligatoires pour signifier que la banque voulait rompre avec la politique de répression financière qui avait prévalu durant les quinze années antérieures. D’autre part, il était donné aux opérateurs économiques le signal d’un engagement de la BRH envers le développement du marché interbancaire. Le taux servi sur les bons BRH à échéance de 91 jours peut être considéré aujourd’hui comme le taux de référence utilisé par les banques commerciales pour les opérations de trésorerie. Il permet aussi de déterminer le taux de réescompte pratiqué par la BRH pour les mises en pension de bons. De fait, le taux moyen des adjudications est devenu le taux directeur de la BRH. Les bons BRH maintiennent leur rôle de contrôle de la liquidité bancaire quoique, pour des raisons de conjoncture macroénomique, leur efficacité se soit amoindrie au cours de l’exercice qui vient de s’achever. En effet, leur encours est passé de 3,1 milliards de gourdes en septembre 1999 à 1,3 milliard en septembre 2000. De toute manière, l’objectif est qu’à terme les bons BRH laissent la place aux bons du Trésor. II.4 Les interventions sur le marché des changes (1995 à nos jours) Jusqu’en décembre 1989, les banques commerciales n’étaient pas autorisées à recevoir des dépôts libellés en dollars ni à effectuer des opérations de change. La dépréciation de la gourde par rapport au dollar n’était pas officiellement reconnue. Les mesures de stabilisation du change s’entendaient surtout de règlements sous forme de circulaires de la Banque centrale visant à exercer un contrôle rigoureux du marché. Le 16 septembre 1991, la BRH décida formellement d’abandonner le régime de parité fixe, laissant ainsi le marché libre de déterminer le cours du change. Après une période de dépréciation continue mais modérée comprise entre 1982 et 1991, le taux de change a connu une brutale détérioration durant les crises financière et politique des années 1991-1994. La gourde perdit plus des deux tiers de sa valeur. La nécessité d’une prise en main s’imposait, vu les effets négatifs de la volatilité du taux de change : méfiance des investisseurs, incertitudes des opérateurs économiques, anticipations pessimistes, etc. D’où la mise en œuvre d’instruments nouveaux de politique monétaire qui, tout en permettant de contrôler la liquidité, visaient la stabilisation du taux de change (interventions sur le marché des changes, bons BRH). Dans le même temps, des mesures réglementaires étaient prises pour renforcer le cadre prudentiel en vue de garantir la stabilité et la solvabilité du système bancaire. Au cours des deux derniers exercices, les interventions de la Banque centrale sur le marché des changes ont été utilisées essentiellement :
Ce constat me fournit l’occasion d’effectuer, à titre d’illustration, un bref survol de la gestion monétaire récente de la BRH. III. LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN 2000 L’exercice 2000 a été marqué par la persistance des tendances inflationnistes observées depuis la fin du troisième trimestre de l’exercice 1999, jointe à la nervosité manifestée au niveau du marché des changes. Le taux d’inflation, dont le glissement annuel d’octobre 1999 était de 10,1%, s’est graduellement renforcé pour s’élever à 12,52% en août 2000. Compte tenu de l’augmentation subtantielle survenue, à partir du 1er septembre dernier, dans les prix des produits pétroliers, l’on peut raisonnablement anticiper un niveau encore plus élevé du taux d’inflation en septembre 2000. Le taux de change a subi encore plus de pressions au cours de l’exercice 2000. En fait, depuis la fin de l’exercice 1999, la gourde a fait montre de faiblesse accrue face à la devise américaine. Le taux à la vente en vigueur sur le marché bancaire a affiché le comportement suivant au cours de l’exercice 2000 :
En définitive, la conjoncture monétaire de l’exercice 2000 a été caractérisée par le repli significatif de l’offre de devises sur le marché, la persistance de poussées inflationnistes héritées de l’exercice précédent et l’augmentation continue des encaisses gourdes dont disposeraient les demandeurs de dollars. Cette situation a conduit la BRH à un renforcement progressif de la posture restrictive de la politique monétaire. Ainsi, dans le but de maintenir son contrôle de la stabilité des prix, la Banque centrale a adopté, à diverses reprises, tout un train de mesures, à savoir :
: 31 % sur les dépôts en gourdes et 21 % sur les dépôts en dollars; pour les banques d’épargne
et de logement :
Il est important de souligner l’impact des relèvements successifs des taux de réserves obligatoires, en termes de contrôle du volume de liquidités en circulation dans le système. En prenant comme base de calcul les volumes actuels des divers dépôts du système, l’on constate que les taux de réserves obligatoires, en passant de leur niveau d’il y a trois ans à leur niveau actuel, ont permis à la Banque centrale d’éponger plus de 1,5 milliard de gourdes. L’impact limité des diverses mesures de politique monétaire évoquées plus haut, en termes d’atténuation de la progression de l’inflation et de l’élan d’appréciation de la devise américaine par rapport à la gourde, traduit le caractère de plus en plus difficile de l’exercice de gestion monétaire dans un contexte rendu précaire par la conjugaison de trois (3) facteurs :
IV. LES LIMITES DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE Si l’on se réfère aux objectifs de la Banque centrale, il apparaît clairement que la politique monétaire de la deuxième moitié des années 1990s a donné des résultats encourageants, mais il reste encore beaucoup d’efforts à faire pour que les perspectives demeurent favorables en matière d’inflation et de change. L’efficacité de la politique monétaire ne dépend certes pas uniquement de la BRH. Elle dépend aussi d’autres facteurs dont le contrôle se situe au-delà des moyens d’action de la Banque centrale. À ce titre, on pourrait citer :
Il ne fait pas de doute qu’une position budgétaire équilibrée est à terme nécessaire pour permettre à la BRH de concevoir un sentier de croissance pour l’évolution de la monnaie centrale, lequel servirait de base à une politique monétaire ancrée sur le potentiel de croissance véritable de la production.
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