En 1826, le président Jean-Pierre Boyer
pensa à la création dune institution financière qui devait émettre des billets
de banque, permettant ainsi de retirer le numéraire de la circulation pour
lemployer à amortir la dette. Tel fut lobjet de la loi du 26 avril 1826 qui
créa la Banque dHaïti dont les statuts ont été en partie inspirés
de ceux de la Banque de France. Avec un capital de six millions de gourdes, ses
principales activités devaient être lescompte des titres de commerce à deux
signatures, à 90 jours déchéance et au taux de 6% maximum. Cette banque ne vit
jamais le jour. Vers le milieu du mois de septembre 1838, des particuliers, avec "lassentiment du gouvernement", tentèrent vainement de créer une Banque Agricole, Industrielle et Commerciale. Celle-ci devait établir des succursales à Jérémie, aux Cayes, à Jacmel, à Santo Domingo, à St. Yague, à Porto-Plata, au Cap Haïtien et aux Gonaïves. (Il faut se rappeler que Boyer gouvernait lîle entière). Le capital était fixé à 500,000 gourdes divisé en 5,000 actions. Selon ses statuts, la banque pouvait commencer ses opérations dès que 1,000 actions étaient souscrites. Malheureusement, seulement 619 actions furent souscrites. En 1859, sous le gouvernement du président Fabre Nicolas Geffrard, une nouvelle loi fut votée par le Corps Législatif à leffet de créer une banque. Faute de moyens financiers, le projet demeura lettre morte. Quinze ans plus tard, ce stade purement législatif allait être dépassé. Au mois doctobre 1874, le gouvernement haïtien accordait par contrat notarié à un certain Lazarre, de nationalité américaine, une concession pour létablissement de la Banque Nationale dHaïti avec un capital social de trois millions de piastres, dans la proportion dun tiers pour le gouvernement et de deux tiers pour le concessionnaire. La durée de la concession était de trente années à lexpiration desquelles lentreprise deviendrait propriété de lÉtat haïtien. La pose de la première pierre le 8 juin 1875 donna lieu à "dimposantes cérémonies". Les travaux seffectuèrent à une allure rapide et, le 1er septembre 1875, selon les termes du contrat, le local était prêt. Mais linstitution ne put ouvrir ses portes en raison dun ajournement de trois mois sollicité par le concessionnaire en vue de lui permettre de réaliser certaines lettres de crédit dont il se disait porteur. Quarante cinq jours lui furent accordés et louverture de la banque fut renvoyée au 15 octobre. Peu de jours avant lexpiration du nouveau délai, M. Lazarre proposa deffectuer son versement en traites plutôt quen espèces. Sa proposition naturellement fut rejetée. À la date fixée, le gouvernement déposa dans les chambres fortes de la banque 500,000 piastres, représentant la moitié de sa quote-part, et somma par acte dhuissier M. Lazarre de remplir ses engagements. Cette mise en demeure resta sans effet et, à la fin de la journée, un procès-verbal constatait la défaillance du concessionnaire; le contrat fut résilié. Le gouverment décida alors de sadresser au public haïtien pour obtenir le complément de financement. Invités à souscrire par le ministre Septimus
Rameau, les principaux commerçants de la place se montrèrent réticents. Les officiels
du gouvernement entreprirent alors de faire appel au patriotisme des Haïtiens de toutes
les couches sociales en les invitant à transformer leur épargne en actions de la banque.
Le Président de la République et les ministres donnèrent lexemple en y consacrant
un mois de leur traitement. Les parlementaires et les fonctionnaires furent portés à les
imiter. Cependant, la révolution qui renversa le gouvernement de Michel Domingue emporta
le projet de création de la banque dont les fonds et le mobilier furent pillés. Le local
eut par la suite une toute autre destination. Cette banque occupait une partie de lemplacement actuel de la Cathédrale de Port-au-Prince. En 1898, le Général Badère fit don dun terrain de sa propriété du Champ Vert (actuel Poste Marchand) pour lérection dune chapelle en lhonneur de Saint Antoine de Padoue. Le père Pouplard sollicita du Ministre de lIntérieur dalors, M. Tancrède Auguste, le vieil édifice. Sa demande fut agréée et, le 20 mars 1900, le Conseil des Secrétaires dÉtat lautorisa à démolir la vieille Banque Domingue en vue den utiliser les matériaux pour lérection de lactuelle église de Saint Antoine à lavenue Pouplard. Il a fallu attendre larrivée au pouvoir du président Lysius Félicité Salomon Jeune pour voir le pays se doter dune véritable institution bancaire. En effet, le 30 juillet 1880, le ministre haïtien des Finances, Charles Laforesterie, signait à Paris un contrat accordant à la Société Générale de Crédit Industriel et Commercial la concession de la Banque Nationale dHaïti. Selon les termes de ce contrat, la nouvelle banque jouissait du privilège exclusif démission de billets. Elle pouvait effectuer aussi toutes les opérations commerciales de banque et assurer le service de la trésorerie. Dès que la Banque Nationale dHaïti débuta ses opérations, le public manifesta une surprenante hostilité à son égard. Il lui était reproché de ne pas contribuer au démarrage économique auquel le pays sattendait et qui tardait à se concrétiser. Ses activités se limitaient essentiellement à la spéculation sur le change et à des avances au gouvernement. Le principal chef de file des adversaires de la banque était Frédéric Marcelin. Pendant une vingtaine dannées, il soutint que celle-ci devait faire du crédit à la production ou disparaître. En dépit de maints scandales et dun procès reconnaissant la culpabilité de ses dirigeants dans la mauvaise gestion de la dette du gouvernement, linstitution conserva ses privilèges démission et de trésorière de lÉtat. Aucun moyen, pas même une opposition de la Chambre, narrivait à prendre dassaut cette "bastille financière". En septembre 1893, Frédéric Marcelin, alors ministre des Finances du gouvernement de Florvil Hyppolite, déposa à la Chambre un projet de loi autorisant la création dune seconde banque, la Banque de Port-au-Prince. La concession était accordée à un groupe dhommes daffaires du pays qui sengageaient à fournir un million de dollars, représentant la moitié du capital social, et à réserver à lÉtat une participation à la propriété, à la gestion et aux bénéfices de lentreprise. Elle était chargée du service de la dette flottante, de la frappe de la monnaie métallique, de lescompte des traites et des valeurs affectées au paiement de la dette extérieure, de la vente de timbres mobiles, etc. Elle pouvait exercer aussi le rôle de banque démission, mais en émettant des billets remboursables en or ayant un "cours facultatif". La Banque Nationale dHaïti protesta contre ce projet qui violait les termes de son contrat de concession. Les députés opposés à ce "système dualiste" votèrent un amendement étendant à toute banque qui, à lavenir serait créée en Haïti, les privilèges concédés à la Banque de Port-au-Prince. À la suite de ce vote, le ministre effectua le retrait de son projet. Laffaire de la consolidation, le retrait du service de la trésorerie, la réduction des taux dintéret des emprunts intérieurs, les troubles politiques et, surtout, lopposition absolue du président Nord Alexis contre les emprunts extérieurs, considérés comme une menace directe contre lIndépendance nationale, avaient beaucoup affaibli la jeune institution. En octobre 1910, le contrat de concession fut résilié en faveur dun consortium composé de Français, dAllemands et dAméricains pour la création dune nouvelle banque: la Banque Nationale de la République dHaïti (BNRH). Au début de lannée 1911, le gouvernement
du président Antoine Simon signait avec M. Georges Neuba, ancien directeur de la Banque
Nationale dHaïti et représentant dun groupe de capitalistes belges, un
nouveau contrat pour la création de la Banque Agricole et Industrielle
dHaïti. Le contrat, déposé par devant les Chambres Législatives, ne fut
jamais sanctionné jusquà larrivée au pouvoir du gouvernement de Cincinnatus
Leconte dont les exigences découragèrent les investisseurs. La BNRH poursuivit ses opérations jusquen 1934, sous la direction partagée des Américains et des Haïtiens. En 1947, elle est devenue entièrement haïtienne, assurant tous les services financiers de lÉtat. Létablissement en Haïti, dans le courant des années 70, de plusieurs banques privées, à capitaux tant étrangers que domestiques, obligea la BNRH à prendre de nouvelles orientations. Elle fut remplacée en 1979 par deux institutions financières autonomes et indépendantes: la Banque Nationale de Crédit (BNC), remplissant les fonctions de banque commerciale, et la Banque de la République dHaïti (BRH), jouant le rôle de banque centrale. |
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